# Les techniques d’imagerie animale
L’imagerie médicale vétérinaire constitue aujourd’hui un pilier fondamental du diagnostic et de la prise en charge thérapeutique des animaux de compagnie, équidés et NAC. Cette discipline a connu une évolution spectaculaire au cours des deux dernières décennies, avec l’intégration de technologies de pointe autrefois réservées à la médecine humaine. La radiographie numérique, le scanner hélicoïdal, l’IRM à haut champ magnétique, l’échographie Doppler, la scintigraphie et l’endoscopie permettent désormais d’explorer avec une précision remarquable l’anatomie et la physiologie animale. Ces avancées technologiques offrent aux vétérinaires des outils diagnostiques d’une fiabilité exceptionnelle, permettant de détecter précocement les pathologies, d’établir des bilans d’extension tumorale précis et d’optimiser les protocoles thérapeutiques. La maîtrise de ces techniques requiert une formation spécialisée approfondie et un investissement matériel conséquent, mais les bénéfices pour la santé animale sont indéniables.
Radiographie numérique et tomodensitométrie (CT-scan) en médecine vétérinaire
La radiographie demeure l’examen d’imagerie de première intention dans la majorité des situations cliniques vétérinaires. L’avènement des systèmes numériques a révolutionné cette technique centenaire, offrant une qualité d’image supérieure, une réduction significative de l’exposition aux rayonnements ionisants et une gestion informatisée des données. Les capteurs plans à conversion directe ou indirecte ont remplacé les films argentiques, permettant une visualisation quasi-instantanée des images sur écran haute définition. Cette transformation technologique facilite considérablement le partage d’informations entre confrères et l’archivage des dossiers médicaux.
Systèmes de radiographie à capteurs plans pour animaux de compagnie
Les capteurs plans utilisés en radiographie vétérinaire moderne reposent sur deux technologies principales : la conversion indirecte, qui utilise un scintillateur convertissant les rayons X en lumière visible avant détection par des photodiodes, et la conversion directe, où les rayons X sont directement transformés en signal électrique par un semi-conducteur au sélénium amorphe. Les systèmes de conversion directe offrent généralement une résolution spatiale supérieure, particulièrement appréciée pour l’examen des structures osseuses fines chez les chats et les NAC. La taille des capteurs varie selon les applications, avec des formats standards de 35×43 cm pour les grands chiens et des cassettes plus compactes de 24×30 cm pour les petits animaux. La latitude d’exposition exceptionnelle de ces systèmes numériques permet de compenser partiellement les erreurs de paramétrage, réduisant ainsi le nombre de clichés à refaire et l’exposition cumulée des patients.
Protocoles d’acquisition CT hélicoïdale multi-barrettes chez les carnivores domestiques
Le scanner vétérinaire, également appelé tomodensitométrie, représente une avancée majeure dans l’exploration des structures anatomiques complexes. Les appareils multi-barrettes modernes permettent l’acquisition simultanée de 16, 32, 64 voire 128 coupes par rotation, réduisant considérablement le temps d’examen et améliorant la résolution spatiale. Cette rapidité d’acquisition est cruciale en médecine vétérinaire, car elle minimise la durée d’anesthésie nécessaire. Un examen thoracique complet peut désormais être réalisé en moins de 30 secondes, incluant des reconstructions multiplanaires et tridimens
…ionnelles. Le positionnement de l’animal, généralement en décubitus dorsal, est standardisé afin de faciliter la comparaison des examens successifs et l’interprétation des images. Des protocoles adaptés à chaque indication (scanner thoracique pour la recherche de métastases, examen de la colonne pour suspicion de hernie discale, étude de la tête pour une tumeur nasale ou cérébrale) sont définis en amont pour optimiser la couverture anatomique et la qualité diagnostique.
Optimisation des paramètres d’exposition radiologique selon la taille anatomique
En imagerie vétérinaire, l’un des enjeux majeurs est d’adapter les paramètres d’exposition au gabarit très variable des patients, allant du furet au dogue allemand. L’optimisation de la dose de rayons X repose sur le réglage fin de la tension (kV), de la charge (mAs) et, en tomodensitométrie, du produit dose-longueur (DLP). L’objectif est de respecter le principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable), c’est-à-dire obtenir une qualité d’image suffisante tout en limitant au maximum l’irradiation de l’animal.
Dans la pratique, des protocoles prédéfinis sont établis par classe de poids ou de diamètre thoracique, puis ajustés en fonction de la région explorée et de la densité des tissus. Chez le chat et les petits chiens, l’utilisation de tensions plus faibles (ex. 80 kV) et de mAs réduits permet de diminuer la dose, tandis que les grands chiens nécessitent souvent des tensions plus élevées pour traverser l’épaisseur tissulaire. Les systèmes de radiographie numérique et les scanners modernes disposent de fonctions d’exposition automatique ou de modulation de courant tube, qui ajustent en temps réel la dose en fonction de l’atténuation mesurée.
L’optimisation de l’exposition radiologique ne relève pas uniquement de la physique des rayonnements : elle implique aussi une réflexion clinique. Faut-il vraiment répéter ce cliché ou ce scanner complet, ou une échographie ciblée fournirait-elle déjà l’information nécessaire ? En vous posant cette question à chaque indication, vous contribuez à limiter l’irradiation cumulative de vos patients, tout en préservant la qualité des images indispensables au diagnostic. Une bonne formation de l’équipe et des audits réguliers de doses constituent enfin des leviers essentiels pour une radioprotection efficace en clinique vétérinaire.
Interprétation des images tomodensitométriques en fenêtrage osseux et tissulaire
L’un des atouts majeurs du CT-scan en médecine vétérinaire réside dans la possibilité de modifier le fenêtrage d’affichage des images, afin de mettre en valeur soit les structures osseuses, soit les tissus mous. Le fenêtrage osseux, caractérisé par une large fenêtre de densité et un niveau centré sur les hautes valeurs de Hounsfield, permet une visualisation fine des corticales, des trabéculations et des structures dentaires. Il est particulièrement utile pour l’analyse des fractures complexes, des lésions ostéolytiques ou sclérosantes, ainsi que des malformations vertébrales.
À l’inverse, le fenêtrage tissulaire (ou parenchymateux) est adapté à l’étude des organes thoraciques et abdominaux, des masses tumorales et des structures vasculaires après injection de produit de contraste iodé. En ajustant la largeur et le niveau de fenêtre, le vétérinaire radiologue peut mieux différencier les densités proches, par exemple entre un parenchyme pulmonaire normal et une zone d’infiltration discrète, ou entre une masse hépatique et le foie sain adjacent. L’interprétation systématique des images en au moins deux fenêtrages complémentaires est devenue un standard en imagerie médicale vétérinaire avancée.
Dans la pratique quotidienne, la lecture d’un scanner repose sur une approche méthodique : d’abord une évaluation globale en reconstructions multiplanaires (axiales, sagittales, coronales), puis un examen ciblé en fenêtrage osseux et tissulaire. L’utilisation de reconstructions 3D peut ensuite aider à expliquer la lésion au propriétaire ou à planifier une intervention chirurgicale. Comme un livre que l’on feuillette page après page, le volume tomodensitométrique doit être parcouru de manière exhaustive, sans brûler d’étapes, afin de ne pas passer à côté de lésions subtiles mais cliniquement majeures.
Imagerie par résonance magnétique (IRM) vétérinaire appliquée aux pathologies neurologiques
L’imagerie par résonance magnétique occupe aujourd’hui une place centrale dans l’exploration des affections neurologiques chez le chien, le chat et, dans une moindre mesure, chez le cheval. À la différence de la radiographie ou du scanner, l’IRM n’utilise pas de rayonnements ionisants mais un puissant champ magnétique associé à des ondes radiofréquence. Cette technique permet d’obtenir des images en coupe de très haute résolution des tissus mous, en particulier du cerveau, de la moelle épinière et des structures nerveuses périphériques. Elle est devenue l’examen de référence pour le diagnostic des tumeurs cérébrales, des encéphalites, des infarctus, des hernies discales compressives ou encore de certaines myélopathies dégénératives.
En pratique clinique, l’IRM vétérinaire intervient souvent après un examen neurologique complet et, le cas échéant, des examens complémentaires de première intention (radiographies, analyses sanguines, ponction de liquide céphalo-rachidien). Elle permet non seulement de localiser précisément la lésion (neuro-localisation), mais aussi de caractériser sa nature présumée (inflammatoire, vasculaire, tumorale, dégénérative). Cette finesse d’analyse est essentielle pour orienter le pronostic, discuter des options thérapeutiques (chirurgie, radiothérapie, traitement médical) et accompagner les propriétaires dans leur prise de décision.
Séquences pondérées T1, T2 et FLAIR pour le diagnostic des lésions cérébrales canines
Les séquences de base en IRM cérébrale vétérinaire sont les séquences pondérées T1, T2 et FLAIR, chacune apportant une information complémentaire. En séquence T1, la substance blanche apparaît plus claire que la substance grise et le liquide céphalo-rachidien (LCR) est noir ; cette séquence est idéale pour l’étude de l’anatomie et l’évaluation du rehaussement après injection de gadolinium. La séquence T2, à l’inverse, met en évidence les zones riches en eau : le LCR et les œdèmes apparaissent en hypersignal, ce qui facilite la détection des lésions inflammatoires, des infarctus et de nombreuses tumeurs.
La séquence FLAIR (Fluid Attenuated Inversion Recovery) constitue une variante de la T2 dans laquelle le signal du LCR libre est supprimé. Cette « extinction » du LCR permet de mieux visualiser les lésions situées à proximité des ventricules ou des espaces sous-arachnoïdiens, qui seraient autrement masquées par l’hypersignal liquidien. Chez le chien épileptique par exemple, l’association T2 + FLAIR augmente la sensibilité pour détecter une encéphalite ou une lésion gliale discrète. Vous pouvez voir ces différentes séquences comme des filtres photographiques : chacune révèle certains détails et, combinées, elles offrent une vision globale et nuancée du parenchyme cérébral.
En complément, des séquences supplémentaires comme la diffusion (DWI) ou les séquences T2* peuvent être intégrées au protocole IRM pour affiner la caractérisation des lésions. La diffusion est particulièrement utile pour la mise en évidence des infarctus cérébraux aigus, tandis que les séquences sensibles aux susceptibilités magnétiques permettent de détecter des micro-hémorragies ou des dépôts d’hémosidérine. Un protocole standardisé, adapté à la taille du crâne et à la pathologie suspectée, garantit une couverture complète tout en limitant la durée d’anesthésie.
IRM à haut champ magnétique (1.5T et 3T) versus bas champ en pratique équine
La question du choix entre IRM haut champ (1.5T, voire 3T) et bas champ (0.2 à 0.4T) se pose régulièrement en pratique vétérinaire, notamment en imagerie équine. Les systèmes haut champ offrent une résolution spatiale et un rapport signal/bruit largement supérieurs, permettant de visualiser des structures anatomiques très fines et de détecter des lésions de petite taille. Ils autorisent également des séquences avancées (diffusion, perfusion, spectroscopie) difficiles à mettre en œuvre sur des appareils bas champ. En revanche, ces équipements nécessitent souvent une anesthésie générale complète, une infrastructure lourde et un investissement financier important.
En médecine équine, les IRM bas champ dédiés aux extrémités des membres ont trouvé une place de choix, car ils permettent d’examiner le pied, le boulet ou le carpe chez un cheval simplement sédaté et debout. Cette configuration limite les risques liés à l’anesthésie et rend l’examen plus accessible, même si la résolution est moindre que celle d’un haut champ. Pour les régions plus proximales (tête, rachis cervical), les centres disposant d’un IRM 1.5T ou 3T peuvent offrir une analyse beaucoup plus détaillée, particulièrement utile dans les cas complexes ou réfractaires aux traitements usuels.
En pratique, le choix entre haut et bas champ repose donc sur un compromis entre qualité d’image, contraintes logistiques, sécurité du patient et coût de l’examen. Pour les animaux de compagnie, le haut champ tend à devenir la norme dans les centres de référence, notamment en neurologie vétérinaire. Pour les chevaux, les systèmes bas champ restent largement utilisés pour l’exploration des boiteries d’origine distale, tandis que les structures haut champ sont réservées aux cas référés nécessitant une imagerie très haute résolution.
Protocoles d’anesthésie et positionnement pour l’imagerie IRM des carnivores
L’IRM vétérinaire impose une immobilité parfaite de l’animal pendant toute la durée de l’acquisition, qui peut varier de 20 à 60 minutes selon le protocole. Chez le chien et le chat, une anesthésie générale est donc systématique. Les protocoles d’anesthésie doivent être adaptés non seulement à l’état général du patient, mais aussi aux contraintes spécifiques de l’environnement IRM : impossibilité d’utiliser du matériel ferromagnétique, accès limité au patient une fois positionné dans l’aimant, bruit important généré par les séquences. Une évaluation pré-anesthésique rigoureuse et un jeûne de 8 à 12 heures sont indispensables.
Le positionnement dépend de la région explorée : décubitus sternal ou dorsal pour l’IRM cérébrale, décubitus dorsal ou latéral pour la colonne vertébrale, position « grenouille » pour certaines articulations. Des coussins de calage non magnétiques et des immobilisations douces sont utilisés pour stabiliser la tête et le rachis. Avez-vous déjà remarqué à quel point un léger mouvement peut flouter une photo prise en basse lumière ? En IRM, le phénomène est similaire : le moindre mouvement respiratoire ou musculaire peut dégrader la qualité des images, d’où l’importance d’une anesthésie stable et d’une ventilation contrôlée dans certains cas.
Les protocoles modernes intègrent souvent des agents anesthésiques à courte durée d’action, permettant un réveil rapide après l’examen. Une surveillance continue (ECG, pression artérielle non invasive, capnographie, température) est assurée à distance via du matériel compatible IRM. Enfin, une communication claire avec les propriétaires sur les risques anesthésiques, même faibles, et les bénéfices attendus de l’examen permet de renforcer la confiance et de faciliter la prise de décision.
Applications de la spectroscopie par résonance magnétique en neuro-oncologie vétérinaire
La spectroscopie par résonance magnétique (MRS) constitue une extension fonctionnelle de l’IRM classique, permettant d’analyser la composition biochimique d’une zone cérébrale donnée. En neuro-oncologie vétérinaire, cette technique est utilisée pour différencier certaines tumeurs des lésions inflammatoires, pour apprécier l’agressivité d’une masse ou pour évaluer la réponse à un traitement. Concrètement, la MRS mesure les concentrations relatives de métabolites comme le N-acétyl-aspartate (NAA), la choline, la créatine ou le lactate au sein d’un voxel sélectionné.
Par exemple, une élévation marquée du pic de choline associée à une diminution du NAA peut orienter vers un processus tumoral, alors qu’un profil différent suggèrera plutôt une encéphalite. Cette approche, encore principalement disponible dans les centres d’imagerie avancée, offre une fenêtre unique sur le métabolisme cérébral, comparable à un bilan sanguin réalisé directement dans la lésion. Bien que la spectroscopie ne remplace pas l’histopathologie, elle fournit des indices précieux pour affiner le diagnostic présomptif, guider la biopsie et discuter du pronostic avec les propriétaires.
L’intégration de la MRS dans les protocoles d’IRM vétérinaire reste en développement, mais les études récentes montrent un intérêt croissant, notamment chez le chien atteint de tumeur gliale. À mesure que les logiciels deviennent plus accessibles et que les vétérinaires radiologues se forment à l’interprétation des spectres, cette technique pourrait se démocratiser et compléter utilement l’arsenal de l’imagerie neurologique avancée.
Échographie doppler couleur et échocardiographie transthoracique
L’échographie occupe une place privilégiée en imagerie médicale vétérinaire, en particulier pour l’exploration de l’abdomen, du cœur et des vaisseaux. Non invasive, indolore et dépourvue de rayonnements ionisants, elle peut être réalisée sur animal conscient ou légèrement sédaté, en consultation ou en hospitalisation. L’échographie Doppler couleur et l’échocardiographie transthoracique ont considérablement enrichi la cardiologie vétérinaire moderne, permettant une évaluation dynamique et fonctionnelle du cœur, au-delà de la simple morphologie. Chez les carnivores domestiques comme chez certains NAC, ces techniques sont devenues incontournables pour le diagnostic et le suivi des cardiopathies.
En parallèle, les échographistes vétérinaires ont développé des protocoles ciblés, comme l’échographie abdominale FAST en urgence, afin de répondre rapidement à des situations critiques (traumatismes, hémopéritoine, épanchements). L’accessibilité croissante des appareils portables et la diversité des sondes disponibles permettent aujourd’hui d’adapter l’examen au gabarit et à l’espèce, du chat au cheval. Mais comment choisir la sonde la plus adaptée, et quels réglages privilégier pour obtenir des images de qualité ?
Sondes linéaires, convexes et sectorielles adaptées aux différentes espèces animales
Le choix de la sonde ultrasonore est déterminant pour la qualité de l’examen échographique. Les sondes linéaires, de fréquence élevée (7,5 à 18 MHz), offrent une excellente résolution spatiale mais une profondeur de pénétration limitée. Elles sont particulièrement adaptées aux petits animaux, aux structures superficielles (tendons, masses cutanées, ganglions) et à l’échographie musculo-squelettique chez le cheval. Les sondes convexes, de fréquence intermédiaire (3 à 8 MHz), constituent le compromis idéal pour l’échographie abdominale chez le chien et le chat, car elles permettent une bonne pénétration tout en conservant une résolution correcte.
Les sondes sectorielles, quant à elles, génèrent un faisceau en forme de secteur, très utile pour l’exploration cardiaque à travers les espaces intercostaux étroits. Leur fréquence, comprise entre 2 et 8 MHz, est choisie en fonction de la taille du patient : fréquence plus élevée pour les petits animaux, plus basse pour les grands chiens. En pratique équine, des sondes sectorielles de basse fréquence sont également utilisées pour l’échocardiographie et certaines explorations thoraciques. On peut comparer ces différentes sondes à des objectifs photographiques : le macro pour les détails proches, le standard pour la plupart des scènes, et le téléobjectif pour aller voir en profondeur.
Adapter la sonde à l’espèce et à la région anatomique ne suffit toutefois pas : il est tout aussi crucial de maîtriser les réglages de base (gain, profondeur, focalisation, fréquence) et de respecter certaines règles de préparation de l’animal (tonte, application de gel, jeûne pour l’abdomen). Une approche systématique, reproductible, garantit des examens comparables dans le temps et facilite l’interprétation des images, que ce soit par le praticien lui-même ou par un spécialiste consulté à distance.
Évaluation échocardiographique bidimensionnelle et mode TM chez le chien et le chat
L’échocardiographie transthoracique repose sur l’analyse conjointe d’images bidimensionnelles (2D) et de coupes en mode TM (time-motion). Le mode 2D permet de visualiser la morphologie globale du cœur : taille des cavités, épaisseur des parois, aspect des valves, présence éventuelle d’épanchement péricardique. Des vues standardisées (parasternal droit grand axe, petit axe, vue apicale) sont utilisées pour assurer une évaluation complète et comparable d’un animal à l’autre. Chez le chien de grande race, cette approche est essentielle pour dépister précocement une cardiomyopathie dilatée, tandis que chez le chat, elle aide à identifier une cardiomyopathie hypertrophique ou restrictive.
Le mode TM, obtenu en plaçant un curseur sur une ligne d’intérêt, fournit une représentation temporelle très précise des mouvements cardiaques. Il permet de mesurer, avec une grande reproductibilité, les diamètres diastoliques et systoliques du ventricule gauche, l’épaisseur des parois et l’amplitude de contraction. Ces mesures sont ensuite rapportées à des valeurs de référence, parfois indexées au poids ou à la surface corporelle, afin de détecter des anomalies de fonction systolique ou diastolique. Pour vous, clinicien, ces paramètres chiffrés constituent un outil précieux pour suivre l’évolution d’une cardiopathie et l’effet d’un traitement (par exemple sous pimobendane ou inhibiteurs de l’enzyme de conversion).
La combinaison des informations 2D et TM offre une vision à la fois morphologique et fonctionnelle du cœur. En quelques minutes, il est possible d’identifier une insuffisance mitrale dégénérative, de quantifier le remodelage cardiaque, d’évaluer le risque d’insuffisance cardiaque congestive et d’adapter le plan thérapeutique. L’échocardiographie devient ainsi un examen de suivi indispensable, bien au-delà du simple diagnostic initial.
Quantification des flux sanguins par doppler pulsé et continu en cardiologie vétérinaire
Le Doppler est l’outil de choix pour analyser les flux sanguins intracardiaques et intravasculaires. Le Doppler pulsé permet d’échantillonner le flux en un point précis, utile pour mesurer les vitesses à travers les valves ou dans les gros vaisseaux, tandis que le Doppler continu enregistre les hautes vitesses, indispensables pour quantifier les sténoses serrées ou certains shunts. Le Doppler couleur, superposé à l’image 2D, offre une visualisation globale des jets turbulents, facilitant le repérage des régurgitations valvulaires ou des communications anormales.
En cardiologie vétérinaire, la quantification des vitesses et des gradients de pression permet de caractériser la sévérité d’une maladie valvulaire ou d’une anomalie congénitale. Par exemple, un gradient de pression élevé à travers la valve pulmonaire oriente vers une sténose significative, justifiant parfois une dilatation par ballonnet. De même, la mesure des vitesses de régurgitation mitrale, associée aux dimensions des cavités, aide à classer la gravité d’une maladie valvulaire dégénérative et à guider le moment d’introduction des traitements. Vous disposez ainsi d’indicateurs objectifs pour suivre la progression de la maladie et adapter le suivi clinique.
Le Doppler tissulaire (TDI) et, plus récemment, la speckle-tracking échocardiographie, commencent également à être utilisés en médecine vétérinaire spécialisée pour détecter des altérations subtiles de la fonction myocardique avant l’apparition de signes cliniques. Ces techniques avancées, bien que plus complexes à maîtriser, illustrent le potentiel de l’échocardiographie moderne pour affiner le diagnostic, le pronostic et la prise en charge des cardiopathies chez le chien et le chat.
Échographie abdominale FAST (focused assessment with sonography for trauma) en urgence
L’échographie abdominale FAST a été initialement développée en médecine humaine d’urgence, puis adaptée à la médecine vétérinaire. Il s’agit d’un protocole rapide, ciblé, visant principalement à détecter la présence d’épanchement libre dans l’abdomen ou le thorax à la suite d’un traumatisme, d’une rupture d’organe ou d’un saignement interne. En quelques minutes, sans anesthésie générale, il est possible de répondre à une question cruciale en situation d’urgence : y a-t-il du liquide libre nécessitant une intervention immédiate ?
Le protocole FAST vétérinaire se base sur l’exploration de sites de dépendance gravitationnelle : région hépatodiaphragmatique, splénorénale, vésico-colique, et parfois sac péricardique. La présence d’un fin liseré anéchogène entre les anses intestinales, autour de la rate ou de la vessie, indique un épanchement potentiellement hémorragique. Dans certains cas, l’examen est complété par une ponction guidée échographiquement, afin d’analyser la nature du liquide (sang, urine, exsudat). Comme un détecteur de fumée qui ne remplace pas l’analyse détaillée du bâtiment, l’FAST ne vise pas à établir un diagnostic exhaustif, mais à alerter rapidement sur une situation critique.
Au-delà des traumatismes, le protocole FAST peut être utile dans d’autres contextes : suspicion de rupture de la vessie, péritonite, hémangiosarcome splénique rompu, torsion d’organe. Son caractère simple, reproductible et peu coûteux en fait un outil précieux pour tout vétérinaire confronté à des urgences. Une fois la stabilisation obtenue, une échographie abdominale complète ou d’autres examens d’imagerie (scanner, radiographie) peuvent être réalisés pour préciser la cause sous-jacente.
Médecine nucléaire vétérinaire : scintigraphie et tomographie par émission de positons
La médecine nucléaire vétérinaire regroupe des techniques d’imagerie fonctionnelle reposant sur l’administration de radiotraceurs, puis la détection de leur distribution dans l’organisme à l’aide de caméras spécifiques. Contrairement aux modalités purement morphologiques comme la radiographie ou le scanner, la scintigraphie et la tomographie par émission de positons (PET-scan) permettent d’évaluer l’activité métabolique ou fonctionnelle des tissus. Ces examens, encore principalement réalisés dans des centres spécialisés, trouvent des applications majeures en orthopédie équine, en endocrinologie féline et en oncologie des animaux de compagnie.
La mise en œuvre de la médecine nucléaire nécessite un environnement strictement réglementé en matière de radioprotection : zones contrôlées, procédures d’hospitalisation temporaire des patients injectés, gestion des déchets radioactifs. Pour le propriétaire, ces contraintes se traduisent par un séjour prolongé de l’animal à la clinique, mais les bénéfices en termes de diagnostic et de planification thérapeutique peuvent être considérables. Comment ces techniques avancées s’intègrent-elles concrètement dans la pratique vétérinaire ?
Scintigraphie osseuse au technétium-99m pour la détection des boiteries équines
La scintigraphie osseuse au technétium-99m (99mTc) est largement utilisée en médecine équine pour explorer des boiteries dont l’origine reste obscure malgré les examens cliniques, radiographiques et parfois échographiques. Après injection intraveineuse d’un radiotraceur fixant l’os (souvent un diphosphonate marqué au technétium), celui-ci se distribue dans le squelette en fonction du remodelage osseux et du flux sanguin local. Les zones d’hyperfixation, visibles sur les images scintigraphiques, correspondent à des foyers d’activité osseuse accrue : fracture de stress, arthropathie, lésion d’insertions ligamentaires, inflammation.
Concrètement, le cheval est placé sous une gamma-caméra qui enregistre, pendant plusieurs minutes, l’émission de photons gamma provenant du squelette. Des vues globales ou focalisées (membres, rachis, bassin) sont obtenues, parfois complétées par une phase vasculaire ou tissulaire précoce. L’intérêt majeur de cette technique réside dans sa capacité à explorer l’ensemble du squelette en une seule séance, là où les radiographies restent limitées à quelques segments. On peut comparer la scintigraphie à une « carte thermique » du squelette, mettant en évidence les points chauds à investiguer plus en détail par d’autres méthodes.
La scintigraphie osseuse est particulièrement précieuse pour les lésions axiales difficiles d’accès en imagerie conventionnelle (bassin, colonne thoracique et lombaire, sacro-iliaques). Une fois la zone suspecte identifiée, des examens complémentaires ciblés (radiographie, échographie, éventuellement CT) peuvent être planifiés. L’animal doit rester hospitalisé le temps que la radioactivité décroisse à un niveau compatible avec un retour en toute sécurité, généralement 24 à 48 heures selon la réglementation locale.
Exploration thyroïdienne par captation d’iode radioactif chez le chat hyperthyroïdien
Chez le chat âgé, l’hyperthyroïdie est une affection endocrinienne fréquente, due le plus souvent à un adénome fonctionnel de la glande thyroïde. L’exploration isotopique de la thyroïde repose sur la captation d’iode radioactif (I-123 ou I-131) ou de technétium-99m pertechnétate, radiotraceurs qui miment l’iodure naturel capté par les cellules thyroïdiennes. Les images obtenues permettent de visualiser la taille, la localisation et l’activité fonctionnelle des lobes thyroïdiens, et de détecter d’éventuels tissus ectopiques ou nodules multiples.
Cette scintigraphie thyroïdienne est essentielle non seulement pour confirmer le diagnostic d’hyperthyroïdie, mais aussi pour planifier un traitement par iode radioactif, considéré comme l’une des options les plus efficaces et durables. En effet, une dose thérapeutique d’I-131 permet de détruire sélectivement le tissu hyperfonctionnel tout en épargnant la majorité du parenchyme sain. Comme une clé qui ne s’insère que dans une serrure spécifique, l’iode radioactif cible préférentiellement les cellules thyroïdiennes hyperactives, limitant les effets sur le reste de l’organisme.
Sur le plan pratique, les chats traités par iode radioactif sont hospitalisés pendant plusieurs jours dans une zone dédiée de médecine nucléaire, jusqu’à ce que la radioactivité résiduelle soit compatible avec un retour au domicile. Une information détaillée des propriétaires sur les précautions à prendre au retour (limitation des contacts rapprochés, gestion de la litière) est indispensable. En contrepartie, la plupart des animaux bénéficient d’une rémission prolongée, voire définitive, sans les contraintes d’un traitement médical quotidien.
Pet-scan au 18F-FDG pour le staging tumoral chez les animaux de compagnie
Le PET-scan au 18F-FDG (fluorodésoxyglucose) est une modalité d’imagerie fonctionnelle qui évalue le métabolisme glucidique des tissus. Les cellules tumorales, souvent caractérisées par une consommation accrue de glucose, apparaissent sous forme de foyers d’hyperfixation sur les images PET. En médecine vétérinaire, cette technique est encore émergente mais montre un potentiel considérable pour le staging tumoral, la détection de métastases occultes et le suivi de la réponse aux traitements (chimiothérapie, radiothérapie).
Après injection intraveineuse du 18F-FDG, l’animal est laissé au repos pendant une période d’incorporation, puis placé dans un appareil PET/CT combiné. Cette configuration hybride permet de superposer les informations métaboliques (PET) et morphologiques (CT) sur un même jeu d’images, améliorant considérablement la localisation des lésions. Par exemple, une masse ganglionnaire de petite taille, à peine perceptible au scanner, peut présenter une forte hypermétabolisme au PET, justifiant une biopsie ciblée ou une modification du plan thérapeutique.
Le principal frein au développement du PET-scan vétérinaire reste son coût, la nécessité d’un cyclotron ou d’un approvisionnement en radiotraceurs à courte demi-vie, et les exigences réglementaires en matière de radioprotection. Néanmoins, dans certains centres universitaires ou référés, il commence à s’imposer comme un outil complémentaire précieux pour les cas d’oncologie complexes, rapprochant encore un peu plus la médecine vétérinaire des standards de la médecine humaine en imagerie avancée.
Endoscopie rigide et fibroscopie souple diagnostique
Bien qu’elle ne relève pas strictement de l’imagerie « indirecte » comme la radiographie ou l’IRM, l’endoscopie vétérinaire occupe une place à part dans l’exploration des cavités internes. Grâce à l’introduction d’un endoscope rigide ou souple équipé d’une caméra, il est possible de visualiser directement la muqueuse des voies digestives, respiratoires, urinaires ou génitales, et de réaliser des biopsies ciblées. Cette approche associe donc une dimension diagnostique (imagerie en temps réel) et une dimension interventionnelle (retrait de corps étrangers, polypectomie, dilatation de sténoses).
Les endoscopes rigides, de diamètre relativement important, sont surtout utilisés chez le chien de moyenne à grande taille et en médecine équine, pour l’exploration des cavités nasales, des oreilles, de la cavité abdominale (coelioscopie) ou des articulations (arthroscopie). Les fibroscopes souples, plus fins et flexibles, sont quant à eux privilégiés pour la fibroscopie digestive (œsophage, estomac, duodénum, côlon) et la bronchoscopie. Comme une caméra embarquée qui vous fait voyager au cœur du corps de l’animal, l’endoscopie offre au clinicien une vision directe des lésions, difficilement accessible par les autres techniques d’imagerie médicale.
La plupart des procédures endoscopiques diagnostiques nécessitent une anesthésie générale ou, au minimum, une sédation profonde, afin de garantir le confort de l’animal et la précision des gestes. Une préparation spécifique (jeûne, lavements, rinçage des cavités) est souvent requise selon la zone explorée. Les images vidéo peuvent être enregistrées et archivées, permettant un suivi dans le temps et un partage avec des confrères ou des propriétaires, ce qui renforce la dimension pédagogique et collaborative de la démarche.
Techniques d’imagerie avancées : angiographie, myélographie et arthroscopie
En complément des grandes modalités d’imagerie médicale vétérinaire, certaines techniques plus spécialisées conservent un rôle important pour des indications ciblées. L’angiographie, la myélographie et l’arthroscopie permettent d’explorer respectivement les vaisseaux, l’espace sous-arachnoïdien et les articulations, souvent dans une optique à la fois diagnostique et pré-thérapeutique. Elles sont le plus souvent réalisées dans des centres disposant d’un plateau technique complet, associant imagerie, anesthésie et chirurgie.
L’angiographie consiste à opacifier le système vasculaire par injection d’un produit de contraste iodé, puis à enregistrer la progression de ce produit par fluoroscopie, scanner ou IRM. Elle est notamment utilisée pour la mise en évidence de shunts porto-systémiques congénitaux chez le chien et le chat, ou pour la planification de certaines interventions endovasculaires. La myélographie, aujourd’hui partiellement supplantée par l’IRM, reste utile lorsque cette dernière n’est pas disponible : elle consiste à injecter un produit de contraste dans l’espace sous-arachnoïdien afin de visualiser la compression médullaire, en particulier dans les hernies discales thoraco-lombaires.
L’arthroscopie, enfin, combine imagerie directe et chirurgie mini-invasive de l’articulation. Par l’introduction d’un endoscope rigide de petit diamètre, le vétérinaire peut explorer l’intérieur du genou, de l’épaule, du coude ou du carpe, détecter des lésions cartilagineuses, des fragments ostéochondraux ou des anomalies des ligaments, puis intervenir dans le même temps opératoire. Cette approche, de plus en plus répandue en orthopédie vétérinaire, permet une récupération fonctionnelle plus rapide et une évaluation très fine de l’état articulaire, bien au-delà de ce que montrent les radiographies standard.
Au final, l’intégration judicieuse de ces techniques avancées avec les modalités d’imagerie plus courantes (radiographie, échographie, CT, IRM, médecine nucléaire) offre au clinicien vétérinaire un éventail de solutions diagnostiques et thérapeutiques d’une richesse remarquable. À vous de choisir, pour chaque patient, la combinaison la plus pertinente, en tenant compte de la question clinique posée, des contraintes pratiques et des attentes des propriétaires.
